12 juil. 2016

INTERVENTION D’ALEXANDRE JARDIN À LA RÉUNION DU MOUVEMENT "EN MARCHE" LE 12 JUILLET 2016

Pour proposer à Emmanuel Macron une Alliance des Citoyens en Marche
Bonsoir, chez les Faizeux on est précis, et comme chaque mot compte, j’ai mis par écrit ce que je voulais vous dire :
Pourquoi suis-je là ici, ce soir, au lancement d’En Marche ?
Pour me rallier ? NON ! Et je ne laisserai aucun journaliste écrire cela ou le sous-entendre.
Pour proposer à Emmanuel Macron une Alliance des Citoyens en Marche ? OUI !
Une ALLIANCE beaucoup plus large et donc plus puissante qu’En Marche.
Une ALLIANCE des Faizeux, des vrais Faizeux que j’aime et respecte, de tous les gens qui FONT DÉJÀ LEUR PART pour réparer les grandes fractures du pays.
Une ALLIANCE qui sera fondée sur des ACTIONS communes très concrètes et non des paroles.
Une ALLIANCE des vivants, des femmes et des hommes bienveillants qui transforment leurs colères en actes concrets et positifs.
Une ALLIANCE que d’autres ont déjà rejoint.
Une ALLIANCE pour prendre le pouvoir en 2017, non pas pour le garder mais pour le DONNER, pour le RENDRE.
A qui ? Aux régions, aux territoires et aux Faizeux, à tous ceux qui FONT parce que faire doit devenir en France la source de légitimité.
Une ALLIANCE qui est au cœur de l’Appel que j’ai lancé il y a un mois dans L’EXPRESS.
Une ALLIANCE ouverte à tous les FAIZEUX associatifs, entrepreneurs, fonctionnaires, mutualistes si chers à mon cœur, syndicalistes et élus locaux, et aux quelques politiques sans qui l’action de la société civile ne pourra par renverser la table en 2017 :
EMMANUEL MACRON bien sûr
mais aussi JEAN-LOUIS BORLOO qui a redressé Valenciennes, reconstruit nos banlieues avec l’ANRU et qui en ce moment secoue le monde entier pour électrifier l’Afrique ! Il se bat contre tout le monde !
JEAN-CHRISTOPHE FROMANTIN qui, avec le mouvement 577, rassemble des candidats Faizeux, sur ce seul critère.
NICOLAS HULOT qui connait mieux que personne les Faizeux du développement durable.
THIERRY MANDON qui maitrise comme personne la réforme de l’État
et tant d’autres qui savent QUE DANS FAIRE DE LA POLITIQUE LE MOT IMPORTANT C’EST FAIRE !

ISOLÉS NOUS NE POUVONS RIEN,
UNIS NOUS POUVONS TOUT.
ISOLÉS NOTRE JOIE SERA ÉTOUFFÉE PAR LE SYSTÈME,
UNIS NOTRE JOIE EMBARQUERA TOUT
Alors je sais, venir dans un meeting politique pour ne pas se rallier mais pour proposer une ALLIANCE, cela ne se fait pas. Les meetings sont des lieux où on vient se rallier.
Mais mes rapports avec Emmanuel Macron sont très directs, et plein de choses qui ne se font pas.
Quand je suis rentré dans votre bureau à Bercy la première fois, je vous ai dit tout de suite « Qu’est ce que vous foutez chez les morts ? CASSEZ VOUS ! REVENEZ CHEZ LES VIVANTS ». Vous vous êtes marré, ça a brisé la glace…
Quand vous m’avez proposé de venir ici, le jour même du lancement en grand de EN MARCHE et que je vous ai dit dans quel esprit j’accepterais de venir, non pas pour me rallier mais bien pour proposer une Alliance pour FAIRE ENSEMBLE, vous m’avez répondu « C’est risqué, alors on va le faire ».
Et là, vous m’avez bluffé, car c’est toujours plus confortable l’entre soi, la logique des petites crèmeries. Tout cet entre soi qui tue la France. Merci d’avoir eu ce culot-là.
NON, cette JOIE-LA.
MERCI d’être un homme joyeux dans une époque où ce mot, la joie, a fini par disparaître de notre vocabulaire politique devenu lugubre !
Alors qu’il y a une vraie JOIE à régler concrètement les problèmes des gens, une vraie joie À FAIRE ENSEMBLE, À ŒUVRER ENSEMBLE.
Cette joie, je l’ai depuis toujours en moi, mais je l’ai surtout découverte il y a dix-sept ans, le jour où en 1999 - en marge de ma vie d’écrivain - je me suis levé pour agir et commencer à FAIRE MA PART, pour réparer un pays fracturé.
Le mouvement LIRE ET FAIRE LIRE que j’ai lancé il y a dix-sept ans réunit dix-huit mille bénévoles qui transmettent chaque année à 650 000 enfants le plaisir de la lecture, dans nos cent départements. On parie sur l’alliance entre les petits et les anciens pour vacciner l’enfant contre l’échec scolaire, alors que 20% ne savent pas lire à l’entrée au collège. En France ! Un scandale qui m’a rendu fou. Un enfant qui ne sait pas lire, ça fera un exclu. On active les ressources du pays ! Ces gens sont l’incarnation de la joie de vivre parce qu’ils FONT LEUR PART !
Après LIRE ET FAIRE LIRE, tout s’est enchaîné : on a créé le programme « Mille mots » dans les prisons pour mineurs pour augmenter le lexique des jeunes détenus, puis « Les pompiers de l’école ouverte » pour transformer les caïds de nos quartiers en pompiers de leur collège, etc, etc.
ET IL Y A TROIS ANS J’AI FRANCHI UNE NOUVELLE ÉTAPE EN LANÇANT LE MOUVEMENT BLEU BLANC ZÈBRE. Un mouvement citoyen qui rassemble les hommes et le femmes qui réparent déjà les fractures de notre pays, les solutions de terrain qui marchent, d’où qu’elles viennent.
Je suis un écrivain français depuis l’âge de vingt ans. Notre langue est mon pays. J’observe comme vous que notre pays tombe. Je ne l’ai pas supporté. Comme je ne supporte pas que les Français en soient réduits à faire monter les extrêmes pour renverser le système. Dont certains envisagent le tri de l’homme. Cette logique, je ne le supporte parce que je m’appelle Jardin et qu’un autre Jardin, mon grand-père, fut le directeur de cabinet de Pierre Laval en 42-43.
Depuis trois ans, j’ai fait plus de trois cents déplacements pour repérer ces Faizeux, ces gens discrets et modestes qui s’excusent d’exister alors qu’ils sauvent le pays. Cela fait trois ans que je suis sur le routes, que je n’écris plus que dans les trains, QUE JE REPÈRE LES COMPÉTENCES DU PAYS, LES NOUVEAUX LEADERS LÉGITIMES
ET BIEN JE PEUX VOUS LE DIRE : IL N’Y A PAS DE PROBLÈME FRANÇAIS QUI NE SOIT PAS DÉJÀ RÉSOLU LOCALEMENT ; NOUS SOMMES UNE GRANDE NATION !
ET NOUS AVONS COMMENCÉ À FAIRE COOPÉRER NOS ACTIONS :
- LIRE ET FAIRE LIRE coopère avec LIRE C’EST PARTIR, l’éditeur qui vend 2,3 millions d’albums jeunesse à 80 centimes dans nos cités et au fond de nos campagne. Ensemble nous avançons !
- ENTREPRENEZ VOTRE VIE, à Reims et dans le Pas de Calais, où des zèbres coopèrent pour offrir des outils concrets aux créateurs d’entreprises.
- L’AGENCE POUR L’ÉDUCATION PAR LE SPORT : 1000 clubs de banlieue, 1 millions de jeunes, qui coopèrent avec les Chambres de Métiers pour remplir les Centres de Formation d’Apprentis qui sont vides alors qu’on a deux millions de jeunes au chômage. J’ai organisé la  partenariat depuis dimanche dernier avec l’Association française de Banques pour étendre le modèle du Crédit Lyonnais qui réserve 10% de ses recrutements à nos club de quartiers. Et demain les clubs de l’Agence participeront aux forums pour l’emploi des jeunes de la CFDT dont les militants font venir, dans ces forums, les DRH de leurs entreprises. Comme ils sont nombreux, ils mobilisent un nombre impressionnant d’entreprises. Un programme civique exemplaire porté par un grand syndicat.
LA PUISSANCE DE NOS MOUVEMENTS EST MÉCONNUE MAIS ELLE EST CONSIDÉRABLE :
Qui sait que le réseau de l’ANDES, avec trois cents épiceries solidaires, bénéficie à 1,5 Millions de citoyens,
Que COMPTES NICKEL, la banque sans banque, a déjà ouvert plus de 300 000 comptes dans des bureaux de tabacs, les sortant du ghetto de l’interdit bancaire qui empêche toute vie sociale,
Que grâce à SIEL BLEU, ce sont 100 000 retraités qui suivent des programmes de gymnastique adaptée pour baisser la consommation médicale, diminuant ainsi de 90 % les chutes dans les maisons de retraites, économie colossales pour notre sécurité sociale,
Que le programme WIMOOV - une plateforme pragmatique géniale - est en train de signer un accord avec Engie pour proposer en deux ans à 100 000 chômeurs des solutions de transport pour retrouver du travail.
Stéphanie Goujon qui est là vous expliquera dans quelques minutes comment elle, une simple citoyenne, vient en aide avec une force inouïe aux associations d’insertion de ce pays, avec son programme ADN
Au total, Bleu Blanc Zèbre, ce sont 250 programmes qui ont déjà commencé à changer la France.
ILS SONT LÀ LES FUTURS MOTEURS DU PAYS : LES FAIZEUX, TOUS LES CRÉATEURS DE CES PROGRAMMES.
Ils ou elles ne promettent rien, ils le font.
RÉCEMMENT BLEU BLANC ZÈBRE A FRANCHI UNE NOUVELLE ÉTAPE EN CRÉANT AVEC DES RÉGIONS DE VRAIES PLATEFORMES CIVIQUES Une convention a déjà été signée avec la région Provence Alpes Côte d’Azur, d’autres vont suivre. Bientôt les Hauts de France. Je remercie ici, d’avance, leurs présidents d’avoir fait confiance à la société civile.
Partout nous serons là, et d’abord où le Front National révèle en symptôme la colère du peuple.
AU-DELÀ DES ZÈBRES, IL Y A UN PAYS DÉJÀ EN MARCHE AU NOM DUQUEL JE PARLE ICI CE SOIR CAR NOUS PARTAGEONS LES MÊMES VALEURS, CAR CETTE FAMILLE EST PRESQUE MUETTE SUR LA SCÈNE MÉDIATIQUE : les associations en France, il y en a 1,3 millions réellement actives, soit 1 800 000 salariés et 16 millions de bénévoles actifs, tout un monde citoyen déjà en action !
Les Faizeux représentent une force tranquille sans équivalent.
Alors, me direz-vous, pourquoi donc ne pas se contenter de cette dynamique en cours ? Pourquoi ne pas simplement continuer à renforcer ces actions locales ?
Parce que ceci est insuffisant, parce que les faizeux sont entravés au lieu d’être soutenus, parce que quatre siècles de centralisation ont mis au pouvoir des tristes hors-sol.
Parce que grâce à une immense joie collective, il est possible de renverser la table l’année prochaine, de virer les partis jacobins, et de prendre le pouvoir non pas pour le garder, mais pour le rendre à tous les Faizeux, tous les élus locaux, tous les présidents de région qui doivent savoir que nous nous battons pour eux, pour les métropoles, pour les maires ruraux.
Certains disent que les partis jacobins nous emmènent dans le mur.
Mais non, le mur, nous l’avons déjà dépassé ! Neuf millions de nos concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté, deux mille cent cinquante milliards de dettes et plus de six millions de chômeurs ! Le pays est au bord de l’explosion.
Voilà pourquoi je vous propose une Alliance large, et donc plus puissante qu’En Marche ! Fini les crèmeries !
Voilà pourquoi je suis venu ici ce soir devant vous.
MAIS IL Y A TROIS CONDITIONS POUR QUE CETTE ALLIANCE SOIT POSSIBLE :
1°) PREMIÈREMENT ÊTRE CLAIR SUR UN POINT FONDAMENTAL : L’ALLIANCE DES CITOYENS EN MARCHE PRENDRA-T-ELLE LE POUVOIR POUR LE GARDER OU POUR LE DONNER ?
Aux territoires et aux gens qui font !
Prendre pour donner, ça n’a rien à voir.
Est-ce qu’on prendra ou est-ce qu’on donnera ? Sincèrement !
Serons-nous la génération de rupture qui aura recommencé la France par le terrain ?
2°) DEUXIÈME CONDITION, L’ALLIANCE ne sera possible que si En Marche rejoint la grande famille des Faizeux en faisant sa part, en lançant des actions TRÈS concrètes. Chez nous, on ne respecte que les actes efficaces. Réaliser des enquêtes en porte à porte ne suffira pas.
Je vous le dis en toute franchise, marcher avec des questionnaires est une chose très importante car écouter est capital, et je vous propose d’aller plus loin.
SOYONS AMBITIEUX MAINTENANT CAR LA SITUATION EST SÉRIEUSE.
Enquêter c’est formidable, apporter des réponses concrètes EN DONNANT DE SOI, c’est indispensable. Comme accompagner SOI-MÊME un chômeur longue avec Solidarité Nouvelle Face au Chômage, rebancariser SOI-MÊME, mettre en place SOI-MÊME Lire et Faire Lire dans une maternelle.
Je suis donc venu vous demander de faire plus, de faire votre part. Rejoignez la famille DES ACTEURS DE TERRAIN ! Faisons ensemble.
NE CRÉONS PAS UN PODEMOS MAIS UN HACEMOS !
Participerez-vous à la mise en place de cent Cafés Contacts avant Noël ? Une de nos actions qui consiste à faire du porte à porte pour identifier les besoins des entreprises d’une commune ou d’un quartier et à donner rendez-vous aux chômeurs dans un café populaire. 10% des gens qui s’y rendent retrouvent un emploi.
J’ai commencé à parler avec Emmanuel Macron des modalités techniques.
Quand il vous demandera de faire votre part, faites-là avec cœur !
Pour construire tout de suite, SANS RIEN ATTENDRE, une France métissée et solidaire. Agissons ensemble !
3°) TROISIÈME CONDITION pour que l’Alliance entre nous tous deviennent une réalité, je demande à Emmanuel Macron de ne plus se poser la question « J’y Vais ? ou J’y Vais pas ». Emmanuel, dites désormais « J’y Vons ». Ayez cette grandeur là, cette humilité, celle des vrais Faizeux. L'ego c'est le diable, en vous comme en moi, comme en nous tous. Terminé les références au Maillot Jaune de l’homme prédestiné, on joue peloton pour la France, et après ce seront les Faizeux à qui reviendra la décision !
Ce n’est plus un concours d’ego, c’est l’avenir d’un pays qui ne veut plus de ses élites politiques qui se joue.
MAIS SOYONS BIEN CLAIRS, JE VAIS VOUS LE REDIRE : C’EST PAR LES FAIZEUX DANS LA FAMILLE DES FAIZEUX QUE SERA CHOISI LE CANDIDAT !
LE PROCESSUS DE DÉCISION SERA CELUI-LÀ !
LA MÉCANIQUE POLITIQUE SERA CELLE-LÀ !
A VOUS DE DEVENIR VRAIMENT DES FAIZEUX !
A VOUS DE NOUS REJOINDRE !
Jean-Christophe Fromantin m’a invité lors du lancement de son initiative 577 à l’Assemblée Nationale. Il tend la main à l’Alliance.
Jean-Louis Borloo ne pourra être qu’au cœur même de l’Alliance, je ferai tout pour, même si évidemment la décision finale lui appartient ! J’adore ce Faizeux hors-normes, ce reconstructeur de nos banlieues, ce Faizeux par nature.
Quant à nos élus locaux, ces grands Faizeux, je pense à tous nos maires ruraux trahis par les partis jacobins, ils attendent également qu’un mouvement les défende, LEUR FASSE CONFIANCE !
Tous les autres de l’Appel, je leur parle en ce moment.
JE LE RÉPÈTE : la question qui se pose à vous, Emmanuel, n’est donc plus : « Jy Vais » ou pas mais « Est-ce que je dis : Jy vons ? », « EST-CE QUE JE REJOINS LES FAIZEUX ? ».
Ne Marchez plus seuls, MARCHONS ENSEMBLE !
LE SIMPLE FAIT QUE VOUS ME LAISSIEZ M’EXPRIMER ICI, DEVANT VOTRE MOUVEMENT, CE SOIR, EST DÉJÀ UN DÉBUT DE RÉPONSE, ET ÇA ME DONNE BEAUCOUP D’ESPOIR POUR NOTRE PAYS.
L’ego, c’est le diable !
MARCHONS AU SEIN D’UNE ALLIANCE DE FAIZEUX !
Je vous remercie
Et maintenant vous allez découvrir une Faizeuse d’exception, parce que les Faizeux en France sont surtout… des Faizeuses !
STÉPHANIE GOUJON qui va vous raconter comment on change le monde soi-même !

27 juin 2016

ALEXANDRE JARDIN : « JE NE LAISSERAI PAS LA FRANCE À L’EXTRÊME DROITE »

Article paru dans le Monde du 26 juin 2016
Je ne serais pas arrivé là si…
… Si je n’avais pas eu cette enfance magique. Cette mère et ce père qui n’étaient retenus ni par la peur ni par aucun autre frein. Ma mère avait trois hommes dans sa vie, et c’était assumé. Mon père, Pascal Jardin, écrivain et scénariste, avait fait sienne la maison de campagne de Seine-et-Marne qu’un des hommes de maman avait achetée en vidant le compte en Suisse de son associé.
Il s’était installé dans la chambre principale. Il y perdait au poker les millions qu’il n’avait pas. Et qu’il remboursait dans la foulée en écrivant des scénarios en trois semaines. Quand il trouvait que la vie manquait de sel, il m’emmenait en voiture glisser un chèque en blanc dans le bottin d’une cabine téléphonique, en me disant : « Si quelqu’un trouve le chèque, mon fils, on est ruinés. Alors, vivons ! »
Ce n’était pas inquiétant pour l’enfant que vous étiez ?
Les enfants aiment la vie ! Parfois, mon père me réveillait en pleine nuit pour faire des farces téléphoniques. Il appelait Michel Poniatowski, le ministre de l’intérieur, qui finissait par le reconnaître. Alors mon père hurlait qu’on était découverts, cernés. On se barricadait, on sortait les Winchester et on tirait sur les volets des voisins.
Il ne faisait pas de distinguo entre la réalité et les films qu’il écrivait. C’était très romanesque. J’ai reçu un correspondant anglais. Un soir, mon père nous a fait enfiler une veste par-dessus le pyjama, et nous a emmenés au Paradis latin. Il nous a montré la femme dont il était fou, qui sortait nue d’une cage de fauve sous les ordres d’un dompteur agitant un fouet. John, le correspondant, a voulu revenir l’année suivante.
Que disiez-vous de cette vie à l’école ?
J’habitais dans le 16e arrondissement de Paris, j’allais à l’école catholique. Entre les aubes blanches et les femmes fouettées, je faisais le grand écart. En 5e, j’ai voulu en partir, ma mère m’a fait la confiance inouïe d’accepter. Elle m’a inscrit dans une école autogérée, « L’école et la ville », quartier de l’Opéra, tenue par des soixante-huitards. Les terminales, le jeudi, avaient cours d’entraînement à l’orgasme. Au bout d’un an, j’ai supplié ma mère de me remettre dans le système normal – elle avait donc eu raison de m’écouter ! Pour pouvoir être admis à l’École alsacienne, j’ai dû devenir bon en classe.
Comment avez-vous fait face au décès prématuré de votre père, Pascal Jardin, à l’âge de 46 ans ?
J’avais 15 ans. Ma mère m’a dit : « Tu es maintenant le chef de la famille. » La phrase d’une femme désespérée. D’un coup, c’était la fin de la fête. L’argent comptait. D’autant qu’il n’y en avait plus. La magie s’était évaporée.
Et vous passez d’une vie fantasque au sérieux de Sciences Po Paris, section économique et financière…
Je suis sans père, il faut que je gagne vite ma vie. Pourtant à Sciences Po, au bout de trois mois, je me rends compte que les professeurs sont fous, qu’ils ne sont pas dans la vie, mais dans leur monde, avec leur vocabulaire propre, leurs présupposés. Je me souviens d’un gros clash avec un prof : il voulait me faire écrire qu’une baisse d’impôts est une « dépense fiscale ». 
Finalement, ce n’est pas l’économie mais l’écriture qui vous permet très vite de gagner votre vie. Comment y venez-vous ?
Juste après le bac, pour séduire une fille, j’ai écrit une pièce de théâtre dont elle était le personnage central. Cela a marché… J’ai continué. J’ai envoyé mes pièces à Jean Anouilh, qui m’a conseillé, enthousiaste, d’aller voir Michel Bouquet au Théâtre de l’Atelier. Il voulait les jouer, mais son agenda était plein pour deux ans. Pour le jeune homme de 18 ans que j’étais, devenu adulte plus vite que les autres, attendre était impensable !
Un jour, dans une queue de cinéma, un homme m’interpelle. « Tu es un fils Jardin ? » C’est un attaché de presse du cinéma qui a connu mon père lorsque ce dernier, à 15 ans, était le gigolo d’une milliardaire (lui couchait avec le chauffeur).
Il fait lire mes pièces à l’éditrice Françoise Verny. Je n’étais pas d’accord, je ne voulais pas écrire de romans. Pour moi, la littérature, c’était un monde de gens compassés, où l’on meurt jeune. L’éditrice a fini par s’inviter, ivre morte, chez ma mère, et m’a fait un numéro dantesque. « Ecris-moi un roman, chéri. » Là, je me suis senti en famille. Ça m’a sécurisé. J’ai écrit Bille en tête, puis Le Zèbre.
Vous avez eu le Prix du premier roman, puis le prix Femina. Le succès, aussi jeune, tourne la tête ?
Non, tout le monde était connu à la maison, je ne pouvais pas épater avec ça. Claude Sautet était l’un des hommes de maman… Cela m’a juste permis de faire des enfants très vite et de les élever.
Vous êtes romancier mais, depuis près de vingt ans, vous menez une double vie, car vous créez aussi des associations. Lire et faire lire (des retraités transmettent aux élèves le plaisir de la lecture), Mille mots (pour accroître le vocabulaire des jeunes détenus), puis les Pompiers juniors dans les collèges, le mouvement Bleu Blanc Zèbre (qui réunit ceux qui « réparent le pays »)… D’où vient ce militantisme social ?
J’assiste à la percée du Front national (FN), dans la seconde moitié des années 1990. Je vois que mon pays commence à se fracturer, que les classes populaires rejettent les partis politiques, et que ces derniers sont dans le même déni du réel que les élites françaises des années 1930.
Dans mon crâne, il y a cette obsession : la famille politique de mon grand-père, Jean Jardin, directeur de cabinet de Pierre Laval (d’avril 1942 à octobre 1943), tous ces gens fondamentalement anti-français car hostiles à l’universalisme qui fait la grandeur de notre culture, ne doivent pas approcher du pouvoir.
Je veux faire ma part, gouverner en agissant sur le réel. Dans la lignée de ma famille maternelle. Le grand-père de ma mère, ami intime de Jean Jaurès, avait cédé toute la fortune familiale pour créer L’Humanité, il avait fondé les boulangeries sociales et les caisses mutualistes…
Depuis 1998, je repère les bonnes pratiques partout en France et je tente de bâtir des extensions nationales. Lire et faire lire, une idée née à Brest, ce sont aujourd’hui près de 20 000 bénévoles retraités, 650 000 enfants bénéficiaires. Si l’on sort les gens du désespoir, on les sauve des extrêmes.
Vous sillonnez en permanence la France, et vous en dressez un portrait assez noir…
Si la réalité était sue, le FN serait encore plus haut… Je vois le délabrement de pans entiers de la République. Les juges qui prononcent des peines jamais exécutées. L’Ile-de-France est un point de croissance au-dessus de la moyenne nationale. Mais 80 % du territoire est en récession depuis des années. C’est cela, l’explosion du FN. Des territoires entiers de pauvreté. Pas des îlots ! Neuf millions de personnes… J’ai cette sensation bizarre que le pays hésite entre renaissance et chaos. Je vois une inventivité locale prodigieuse et des pères de jeunes agriculteurs qui ont du mal à calmer leurs fils armés.
Vous défendez l’action plutôt que la loi, les citoyens agissant contre les élites politiques, les régions contre un Paris centralisateur… N’est-ce pas du populisme ?
Ce mot, « populisme », c’est la dernière ligne de défense des élites parisiennes qui, elles, font du populisme avec toutes leurs promesses non tenues… La vérité, c’est que le système est en train de disjoncter. Une caste administrativo-politique hors-sol confisque le pouvoir. Il faut mettre fin au jacobinisme, à ce pouvoir vertical, descendant et condescendant. Inefficace.
Après trente ans de réformes de l’éducation nationale, 20 % d’une classe d’âge ne sait pas lire ! Si l’on ne parie pas sur les territoires, sur une classe politique locale très au-dessus du lot, on ne s’en sortira pas.
Il faut raisonner à partir du terrain, du réel, de ceux qui font déjà leur part. En finir avec l’approche administrative, normative, centralisatrice. Quel sens est-ce que cela a, par exemple, de définir la politique du logement ou de l’éducation à Paris ? Il faut parier sur les régions, leur confier l’effectivité des grandes politiques.
Nous allons lancer un mouvement politique, une alliance entre les « Faizeux », qui ont des solutions concrètes, et les grands élus locaux, qui n’attendent plus rien du pouvoir central.
Vous semblez vous sentir personnellement responsable du sort de la France. Est-ce lié au passé de votre famille ?
Moi, le petit-fils de collabo, je ne laisserai pas le pays à l’extrême droite. Je ne permettrai pas le retour de l’indignité. Si le FN accédait au pouvoir, et que je n’aie rien fait, j’en aurais tellement honte ! Or les partis politiques qui prétendent s’opposer au FN le font monter par leur prodigieuse inefficacité.
Pourquoi croire que le tragique est sorti de l’histoire ? Si le système est capable d’envoyer Hollande et Sarkozy à l’élection présidentielle, et il en est capable, alors on entre dans une zone de risque invraisemblable.
Le « Brexit » nous montre que les peuples qui souffrent n’ont plus peur de l’incertain. L’Europe et la France partagent une maladie : le « hors-sol » de la classe dirigeante, déconnectée du réel, des citoyens, entravant les initiatives par un système normatif proliférant.
La publication, en 2010, de « Des gens très bien » (chez Grasset), sur le passé collaborationniste de votre grand-père, a-t-elle constitué un tournant dans votre engagement ?
C’est l’acte fondateur de ce que je suis aujourd’hui. Je ne me serais pas autorisé à entrer franchement dans la sphère publique si je n’avais pas été en ordre avec moi-même, et clair par rapport à mes cinq enfants.
Mon troisième fils m’a remercié pour ce livre, parce qu’il avait été attaqué sur le sujet. J’en ai été très touché. En fait, c’est en début de 1re que j’ai commencé à découvrir le véritable passé de mon grand-père. Mon père écrivait sur lui, mais avec un regard d’enfant. Il y a des secrets de famille cachés, d’autres qui sont montrés afin qu’on ne les voie pas…
Un copain de l’École alsacienne anormalement cultivé, issu d’une famille de marchands d’art juifs autrichiens, m’a dit un jour : « Il y a un problème dans ta famille. » Il avait lu les livres de mon père, repéré que mon grand-père était aux affaires au moment de la rafle du Vél’ d’Hiv, et qu’il n’avait pas démissionné.
Le bras droit d’un chef de gouvernement qui a trié les hommes. J’ai esquivé, j’ai traîné mon copain au cinéma. Cela ne collait pas avec ma famille, foldingue, libertaire. Il m’a fallu des années avant d’admettre l’impensable. C’était mon nom ! C’était le grand-père qui me fascinait, enfant, ce mélange de charme et de grande autorité. Il a rendu le rapport au réel impossible pour sa descendance.
Vous avez viscéralement besoin de la fiction ?
Je suis fondamentalement écrivain et épris d’invention. J’écris mes romans dans les trains, entre une réunion dans un quartier de prison pour mineurs, et une autre à Pôle emploi ou au congrès de la CFDT… Plus je plonge dans le réel, plus j’ai besoin de rêve. Je viens de remettre un roman chez Grasset. Un vrai roman d’amour.

Propos recueillis par Pascale Krémer


Laissez-nous faire ! On a déjà commencé, le manifeste des « faizeux », éditions Robert Laffont, 2015.

24 juin 2016

L’EUROPE ET LA FRANCE, MALADES DU « HORS SOL » DE LEURS CLASSES DIRIGEANTES

Brexit et hors sol
Certaines maladies sont contagieuses, et même dangereusement contagieuses. Il en est ainsi du « hors sol ». 
La centralisation historique française, comme la bureaucratie rampante européenne, ont conduit à une confiscation du pouvoir par une classe politico-administrative hors sol.
Déconnectée du réel, coupée des citoyens au service desquels elle devrait être, elle pond des règlements incompréhensibles et entravent les initiatives par un système normatif proliférant.
Tel est bien un des principaux enseignements du Brexit : l’Europe et la France partagent cette maladie.
Le chemin pour soigner notre maladie collective est clair : reconstruire la France comme le noyau européen à partir du réel, c’est-à-dire de ses territoires et de tous ceux qui font déjà leur part. Pour rétablir des minimums !
Telle est la logique de l’appel pour l’Alliance des Citoyens en Marche que j’ai lancé la semaine dernière.

Alexandre Jardin